02sept.

EDITO: Syrie - acte 2.0

L'été fut riche en actualités cyber et défense. La présentation de la Loi de Programmation Militaire a confirmé l'importance de la cyber-défense tout en diminuant les ambitions globales de la France dans le domaine de la défense. Les documents dérobés par Edward Snowden, ancien consultant pour la NSA, apportent chaque semaine un nouveau lot de révélations sur le système de cyber-surveillance américain. En cette rentrée, l’actualité internationale la plus bruyante est bien évidement la Syrie. Quelques articles que nous avons mentionnés sur notre Twitter offrent une analyse selon nous assez fine et objective des événements de ces dernières semaines.

A la veille de possibles frappes punitives, puisque c'est le terme employé par le président Hollande, nous sommes convaincus que les bruits de bottes autour de la Syrie ne résoudront rien. En effet, une fois dépassées les premières salves punitives sur des sites supposés fidèles à Assad que restera t-il ? Dans le meilleur des cas un chaos et un protagoniste (Assad) plus acculé et désespéré à commettre des exactions, peut-être aussi des images montrant de nouvelles victimes de ces frappes "chirurgicales" qui radicaliseront de nouveaux combattants. Dans le pire des cas: un embrasement du Liban et des effets néfastes sur la stabilité d'autres voisins (Israël, Sinaï, Turquie, Jordanie ...). Ainsi, si l'on raisonne en terme d'effet final recherché, une frappe, même massive n'apporte rien de plus finalement que ce qu'avance le président Hollande: "une punition". Cette punition est forcément aveugle car on ne va pas punir les responsables d'un massacre chimique à coup de tomahawk et de scalp EG. Surtout, l'après-frappe laisse planer une nouvelle question, et si Bachar Al Assad recommence: on fait quoi ? La même aventure qu'en Irak ?

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Du côté cyber, la crise Syrienne continue de confirmer que la sphère cyber supprime le filtre des appareils d'Etat entre les peuples et les acteurs du terrain. Avec la transmission des photos et des vidéos en instantané, internet donne potentiellement une tribune internationale à chaque combattant. Si une cyber armée syrienne s'en est prise au site du New York Times ou à Twitter, ces représailles quoique spectaculaires restent limitées. Mais la sphère cyber est un moyen vital pour l’opposition syrienne, même avec des moyens rustiques, pour à la fois se coordonner et communiquer. De notre côté, le renseignement qu'elle nous apporte permet de chercher des preuves accusatoires d'un camp ou de l'autre. Cela nous laisse entrevoir un futur à un horizon de dix ans dans lequel une multitude de capteurs connectés et des constellations de micro satellites rendraient difficile toute dissimulation.

En dernier lieu et on le voit dans les hésitations au Royaume-Unis ou en Italie, la véritable guerre de communication que se livre chaque camp peux faire penser la balance de la légitimité d'une intervention.

Toutefois, l'actualité c'est aussi la rentrée scolaire. Rappelons-nous que la guerre -même au travers de machines - reste une dialectique des volontés, et est donc par essence une activité humaine. Une population bien éduquée, curieuse et exerçant ses capacités de réflexion reste une composante majeure de la puissance d'un pays. Dans un monde toujours plus technique, face à une crise qui est aussi une mise à l'épreuve de notre compétitivité, notre niveau d'éducation est aussi une question de sécurité nationale.

18janv.

2013, année de transition

2012 est déjà dans nos rétroviseurs, 2013 s'avance. Voici l'occasion pour nous de tirer les principaux enseignements de l'année passée, et de tenter de scruter l'horizon qui s'ouvre devant nous.

2012, l'indétermination.

2012 a révélé que le monde était plus complexe qu'une simple convergence des intérêts mondiaux sur fond de liberté (au sens large: liberté de l'homme, libéralisation des flux et de l'économie). Les conséquences des révolutions de jasmins sont encore floues. Le dynamisme économique en Chine et plus généralement dans les pays émergents s’essouffle. La situation en Europe -mais aussi aux États-Unis; sur fond de crise budgétaire, est confuse.

Ainsi 2012 a apporté plus de questions que de réponses. Elle nous laisse cependant le sentiment que tout reste ouvert: la possibilité d'une reprise économique dans les pays occidentaux; le règlement pacifique des crises en Afrique sub-saharienne et au Moyen Orient.

Un recul de la gouvernance mondiale

2012 apporte selon nous un premier stigmate du monde de demain. D'abord nous notons un recul de la gouvernance mondiale. Aux Nations Unies mais aussi dans les domaines spécialisés comme l'internet, où le sommet de Dubaï a montré un clivage entre les pays. L’Union Européenne peine à voter un budget. Les grandes dynamiques d'intégration sont en perte de vitesses. En 2012,la problématique du droit des cyberconflit a été abordée dans le "Manuel de Tallinn", mais reste selon nous une tentative normative par l'Ontccident plus qu'un consensus général sur la question (qui aurait davantage sa place aux Nations Unies).

Comme les crises récentes le démontre (Lybie, Mali, ...) l’État reste le pivot central des initiatives de sécurité.

Physionomie des opérations militaires

Dans ce contexte, les opérations militaires ne subiront pas de révolutions. Les guerres de type asymétrique, et contre-insurectionnelles resteront la norme. Nous sommes convaincus que la probabilité extrêmement faible d'une guerre de haute intensité devrait porter d'emblée les armées occidentales vers un renforcement de la projection de puissance au meilleur coût. En effet celles-ci devrait être adaptées aux crises probables, car, comme on a pu le constater ces dix dernières années, la gamme d'outils occidentale, trop tournée vers la haute intensité, est inadaptée à la cible principale à traiter de cette décennie: le pick-up. Pour remplir ce contrat, il faudrait acquérir des vecteurs aériens adaptés au support des opérations au sol de type A10 et renforcer la capacité en hélicoptère de combat et de manœuvre.

La permanence devrait également être l'objet de toutes les intentions. En France, la capacité drone est indigente et il est urgent d'acquérir sur étagère un nombre de drones armés suffisants pour couvrir un théâtre d'opération.

Firemen Wip

2013, poursuite d'une transition vers une paix globale et l'instabilité locale

2013 nous rappelle à l'ordre, car après des réflexions sur la maritimisation, l'OTAN, la cyber-défense, nous voilà repartis dans une opération africaine, qui n'est pas sans rappeler l'opération Tacaud des années 70...

A cet égard l'année à venir nous confirmera peut être une réalité esquissée par Pierre Hasner d'une "nuit où toutes les guerres et toutes les paix sont grises". Le monde s'enfoncerait alors durablement dans ce que Frédéric Gros décrivait comme des "états de violences". Les armées occidentales avec l'aide d'acteurs locaux deviendraient alors des pompiers du monde, chargés d'éteindre ici ou là des incendies. La guerre totale, le choc inhumain et rangé de deux forces militaires, une antiquité.

Dès lors, la conflictualité entre les États se concentrerait dans la sphère cyber ou le soft-power, donnant raison à l’essai de Quiao Liang et Wang Xiangsin, la guerre hors limite. Nous ne pouvons écarter l'hypothèse selon laquelle dans un siècle, les historiens décriront notre siècle comme celui marquant la fin de la prépondérance de la chose militaire pour (re)distribuer les cartes de la puissance.